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Les murmures de la Kumpania glissaient entre les poutres de l’auberge, La Tana Del Lupo, comme des ombres inquiètes. Le vent portait les échos d’un monde en péril, et les regards se tournaient vers les terres de la Barrière, d’où montaient des rumeurs de ténèbres rampantes et de cités englouties dans le silence. C’est alors que deux hommes franchirent le seuil, sans éclat ni fracas.

On attendait des figures légendaires, des incarnations vivantes de l’autorité céleste. Mais ce furent Alessandro di Michèle et Léo di Galganno, Frères de l’Épée, qui se présentèrent. Ni ornement, ni faste. Juste une présence. Calme. Résolue. Et bien vite, cette humilité tranquille força l’attention.

Ce fut Léo qui, d’une voix grave, dressa devant les marcheurs un tableau d’apocalypse. L’Europe saignait. L’Italie était à genoux, Turin, presque perdue et Milan assiégée à l’ouest. Les agents de Sans-Nom ne formaient plus une poignée d’ombres isolées, mais bien une armée coordonnée, patiente et implacable, rongeant le monde à sa racine.
Et la Barrière, ultime rempart entre les vivants et l’abîme, vacillait.

Mais au cœur de ce cauchemar, Alessandro porta une étincelle. Une vision. Trois grands ordres monastiques, unis pour la première fois, avaient scellé un pacte. L’espoir d’une Alliance sacrée, destinée à unir les forces humaines face à Sans-Nom. Et contre toute attente, c’était la Kumpania qu’on appelait à en devenir le noyau. Non pas en tant qu’armée ou faction, mais en tant que flamme errante, capable de rallier les volontés au-delà des royaumes, des castes et des croyances.

Les réactions furent vives. Certains ne cachaient pas leur méfiance envers l’ordre de Saint-Michel et les Frères de l’Épée, plus connus pour leurs chasses aux sorcières que pour leur tolérance envers d’autres traditions. Mais les événements récents avaient brisé bien des certitudes. Le monde brûlait. Et la Kumpania choisit, non sans réserve, de s’impliquer. De tenter.

L’idée d’utiliser les Héritiers comme symbole public souleva une autre onde de refus. Leur force était immense – mais fragile. Les exposer, c’était les trahir. Le refus fut clair, unanime, sans appel : les Héritiers resteraient dans l’ombre.

Mais ce n’était là que l’amorce. Alessandro, d’une voix calme mais lourde de sens, dévoila alors une mission d’une urgence capitale. Trois prisonniers, enfermés dans les profondeurs de la forteresse de Bergame, détenaient les arcanes nécessaires pour préserver la Barrière. Un devin aux paroles voilées, un alchimiste hanté par des secrets oubliés, et enfin — révélation glaçante — Marcus, ancien patriarche des Veilleurs, parent de Anne, était perdu dans l’exil et le silence de la prison de Bergame.

Dans un coin de la salle, une autre silhouette s’effaçait doucement. Saskia, la prophétesse, vacillait sous le poids de visions devenues trop puissantes pour ses épaules. Lorsqu’un cabaliste de la Marche se présenta pour la réclamer, nul ne protesta. Ni Andreas, ni Anne, ni Saskia elle-même. Le moment était venu. Avant de partir, elle remit entre les mains de Mélodie la charge de la représenter — un rôle flou, mouvant, entre caste marchande et sagesse ancienne. L’arcaniste hésita, résista… mais la douceur de Saskia brisa les derniers remparts. Et malgré ses doutes, Mélodie accepta.

Ainsi s’ouvrit un nouveau chapitre. Dans la lumière tremblante de bougies qui semblaient lutter contre l’obscurité elle-même, la Kumpania fit le choix de l’engagement. Non pour la gloire, ni même par devoir. Mais parce qu’au bord de l’abîme, certains refusent de détourner le regard.